16 juin 2020

La veille, un atout stratégique pour les entreprises


Dans ses Réflexions et Aventures, Winston Churchill définit deux modes d’anticipation : celui de l’historien et celui du scientifique. Le premier se tourne vers le passé pour trouver des points de comparaison. Le scientifique se projette dans l’avenir : il prolonge les lignes du présent dans le futur.

Appliquée aux entreprises, la nécessité d’anticiper est vitale. Pour assurer leur survie et leur développement, elles doivent être en mesure d’anticiper leur avenir et celui de leur marché. L’enjeu devient encore plus stratégique lorsqu’il concerne les petites et moyennes entreprises. Parce qu’elles sont plus limitées dans leurs ressources. Mais aussi parce que, s’ajoutant aux nombreuses tâches endossées par le dirigeant d’entreprise et/ou le personnel R&D, les méthodes de prospective doivent être efficaces.

En tant que cabinet de conseil en innovation, nous rencontrons souvent cette problématique dans nos missions de conseil. C’est pourquoi nous avons souhaité mieux comprendre les pratiques de veille et leur impact sur la prospective dans les petites entreprises. Face à l’enjeu stratégique de l’innovation au sens large (managériale, de produit, sociétale, etc), quels sont leurs outils de prédilection ?

Voici donc le compte-rendu de notre étude Myriagone Conseil sur la veille scientifique dans les petites et moyennes entreprises, menée au premier trimestre 2020.

La veille, un outil stratégique pour les entreprises

Quelles attentes en matière de veille ?

« Pour avancer, une entreprise doit bâtir des offres compétitives et différenciantes. Elle sera donc amenée à augmenter sa propre maîtrise des connaissances et à intégrer celles-ci dans des démarches de conception innovante. »
«Pour innover, entrez dans l’économie de la connaissance», article d’Harvard Business Review

Les personnels interrogés dans notre étude identifient trois motivations principales à faire de la veille :

  • être plus compétitif en surveillant la concurrence
  • anticiper les grandes transformations à venir
  • s’informer et se former

On constate que la veille ne concerne pas seulement la performance économique de l’entreprise. Dans l’œil du dirigeant, la veille est un outil stratégique de prospective qui concerne la globalité de l’entreprise. Indispensable à son développement, elle doit générer de la valeur ajoutée.

L’étude révèle cependant qu’en fonction des responsabilités et des rôles dans l’entreprise, les attentes peuvent différer. Pour les responsables R&D, la priorité va à l’identification de nouvelles opportunités, tandis que pour les ingénieurs il s’agit de résoudre un problème. Quant aux dirigeants d’entreprise, ils se positionnement plus dans une logique de compétitivité.

Par cette enquête on constate donc que dans cette aventure qu’est l’entrepreneuriat, la veille est une boussole pour les dirigeants et responsables R&D. Il s’agit d’un outil de décision stratégique.

La veille génère-t-elle de la frustration ?

C’est, si l’on ose dire, le revers de la médaille. Car si les attentes sont grandes envers l’apport stratégique de la veille, on constate que les personnes interrogées doivent composer avec plusieurs niveaux de frustration.

Pour plus d’1/3 des répondants, la frustration principale et finalement peu surprenante concerne le manque de temps. Pour adopter la posture de « tour de guet », pour reprendre l’expression d’Eric Seuilliet, nécessaire à l’anticipation, il faut y consacrer du temps. Pour bien comprendre l’information collectée et l’analyser de façon pertinente, il faut y consacrer davantage de temps encore. Une ressource dont nous savons, en tant que TPE, qu’elle est rare et précieuse.

D’où l’importance d’avoir 1- de bonnes pratiques de veille 2- des moyens suffisants pour capitaliser sur la connaissance acquise. Ce sont deux autres frustrations identifiées dans notre étude. S’agissant des pratiques et des outils, on ne peut que conseiller aux entreprises d’intégrer la veille dans leur stratégie d’innovation.

L’ensemble de ces frustrations nous renvoie surtout aux pratiques des entreprises en matière de veille. Est-ce que ces pratiques sont en accord avec leurs attentes en matière de prospective ?

Prospective et veille scientifique entreprises
[INFOGRAPHIE] La veille scientifique des entreprises

Les pratiques de veille scientifique

Nous disposons aujourd’hui d’un formidable outil d’information et de diffusion de la connaissance : internet. L’outil aussi enrichissant soit-il a fait naître ses propres enjeux : celui de la curation de contenu. Dans cet océan d’outils et de références, comment identifier les bons outils et les bonnes sources ?

Des outils de veille classiques

C’est peut-être l’une des surprises de l’étude. A l’heure des podcasts, des replays, des conférences et des webinaires, les petites et moyennes entreprises privilégient des sources d’information classiques. Ainsi les 4 sources les plus consultées par nos répondants sont : les publications scientifiques, les articles « métier », les newsletters et les congrès.

Ces quatre outils ont en commun de permettre une identification certaine de la source et donc de garantir la fiabilité de l’information. Ce qui fait écho à la difficulté d’identifier des sources de veille pertinentes.

On peut également y voir l’un des effets du manque de moyens. Choisir de nouveaux outils requiert d’y consacrer du temps pour tester et qualifier la pertinence du support. Parfois, cela suppose aussi d’y consacrer une part non négligeable de son budget.

Ce qui peut expliquer l’absence des plateformes de curation de contenu dans l’enquête. A l’heure où de nombreuses plateformes intègrent la curation de contenu dans leurs fonctionnalités, cette absence est notable. Pour en savoir plus sur ces outils, Meltwater, plateforme de veille, propose une revue assez complète de ces outils de veille en fonction des objectifs.

Ce que met en évidence l’étude c’est un écart entre les attentes des répondants et les moyens engagés. Alors que les attentes sont stratégiques, les pratiques répondent à une démarche opérationnelle. D’où un certain nombre de frustrations évoquées plus haut.

Pour réduire cet écart entre vos objectifs et vos pratiques, nous vous proposons quelques conseils pour faire de la veille prospective.

 

Nos conseils pour une veille efficace

  1. Commencez par établir un plan de veille : identifiez vos besoins, vos objectifs et les ressources que vous pouvez mobiliser. Il s’agit d’une étape indispensable à construire en amont pour définir des actions pertinentes et réalistes.
  2. Co-construisez votre plan de veille avec les personnes concernées. En laissant l’activité de prospective à l’initiative de chacun vous risquez de perdre en efficacité : manque de pertinence des sujets traités, redondances, etc. Faites de la veille une démarche d’entreprise en privilégiant des sujets divers et transversaux.
  3. Ne multipliez pas les supports. Trouvez ceux qui vous conviennent le mieux, explorez-les de façon régulière.
  4. Hybridez science et stratégie. C’est le choix que nous faisons chez Myriagone Conseil pour approcher la stratégie d’innovation. En mobilisant les deux méthodes, nous apportons aux entreprises un conseil sur-mesure, adapté à leurs problématiques.
  5. Structurez votre démarche prospective. Si vous ne savez pas par où commencer,  parlons-en !
Aline Roche-Noury
Partager cet article

L’Atelier directement dans votre boîte mail! Chaque trimestre, Myriagone Conseil vous propose le meilleur de son Atelier de l’Innovation sous la forme d’une newsletter. Inscrivez-vous!

Actualités